Sérénissime
Les bruits métalliques provenaient de l’extrême centre du monde, c’est-à-dire de l’Arsenal de Venise. Dans la forge principale, des hommes en sueur frappaient sans relâche et, parmi eux, Nino ébauchait une charnière de gouvernail pour une des nefs qui allait bientôt être mise à l’eau. Le bassin de Saint-Marc était encombré de navires et les ouvriers étaient ces taches minuscules qui remuaient près des monstres. « L’arsenal dévore tout » disaient les Vénitiens. La seule figure aimable parmi cet étalage de puissance était celle de la lionne efflanquée en marbre (1), placée à l’entrée_,_ que Nino avait pris l’habitude de tapoter avant d’aller franchir l’enceinte.
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